Dépendance

Temps de lecture : 8 minutes

L’amour vrai ne crée aucune dépendance, aucune allégeance.

Françoise Dolto

Mon cœur battait tellement fort que je n’entendais rien du brouhaha environnant. Je voulais simplement et discrètement m’en aller. Si j’avais eu une opportunité pour le faire, croyez-moi je l’aurai fait.

« Carte d’identité » m’a fait machinalement et avec longueur une vieille dame. Je lui donnai, la main tremblante de stress. Pendant que je l’observais, je voyais son double menton, peu à peu se former tandis qu’elle baissait sa tête afin de voir entre ses sourcils et ses lunettes pointues. Étant un grand fan de monstre et compagnie, j’avais enfin en face de moi la version humaine de Germaine, la limace secrétaire. Cela me fit, pendant quelques secondes oublier le stress que je m’infligeais.

Si on m’avait dit que j’allais stresser de même, quatre fois avant de réussir l’examen du code, j’aurais décampé sur le champ.

C’est vrai, j’étais un loser. Et un bon. Le seul truc que je réussissais s’était d’être un loser. En parlant de cela, une histoire m’est revenu. Vous voulez que je vous la raconte ? Génial.

Cela se passe juste après les résultats d’un premier examen du code, vous le savez comme moi, je n’ai pas réussi. Et mon père, autoritaire comme il est me l’a bien fait comprendre. « Thomas, Tu déshonores la famille » Me disait-il. Je ne sais pas pourquoi il me disait cela. J’étais bien assez déçu de moi-même pour me rendre compte que j’étais un loser. Mais il préférait largement me comparer à mon grand frère, un idéal selon lui.

Mon père était un riche, respectable et honorable homme. Il passait son temps à travailler et surtout me priver de ma liberté. Ma mère, elle, prenait pour argent comptant tout ce que disait mon père, pensant qu’il avait toujours raison.

J’étais donc enfermé dans une sorte de cage à barreau. Cela me faisait énormément souffrir. Même mes copains était une liaison indirecte avec mon père car c’étaient les fils de ses collègues et amis. Mais moi je ne les aimais pas vraiment.

Enfin, toujours est-il qu’il fallait que je sorte de cette cage au plus vite, au risque d’exploser et d’éclabousser tout le monde. En plus, la filière générale, au lycée, ne me plaisait aucunement. J’ai quand même réussi à aller jusqu’en terminale sans trop de travail en amont.

Donc, si je résume : un père me privant de mes libertés, un ennui profond en classe, et aucun amis ‘’délibéré’’, j’étais chanceux ! Au moins j’avais un toit pour vivre ! Bref c’était le bouquet pour tomber dans la dépendance de la drogue. Et c’est ce que j’ai fait. En effet, sans m’en rendre compte, en ayant l’illusion de m’envoler pour des horizons de liberté. J’ai foncé tête baissé dans une autres cage !

David était un garçon dans ma classe. Il paraissait toujours heureux, faisait toujours rigoler la classe. Nous avons vite sympathisé, car nous avions les mêmes centres d’intérêt, ou peut-être qu’il s’intéressait à beaucoup de choses. Pour vous dire à quel point j’étais invisible, il ne savait pas que j’étais dans la classe alors que ça faisait deux ans que nous étions ensemble !

J’étais content de me faire un copain ‘’délibéré’’, surtout que celui-ci était cool ! Nous avons vite fait de devenir amis jusqu’à la bourse !

Un jour que je n’avais rien à faire pendant la récréation, il m’a invité à l’accompagner au ‘’coin fumeur’’, le lieu de tous les péchés. Il m’a fait rencontrer ses amis, aussi vif que des légumes ! Ils étaient comme engourdies par je ne savait quoi. Je leurs ai tout de même fait preuve de ma grande politesse que mon papa m’a apprise. Le sourire n’était pas réciproque, ils ont dû me prendre pour un guignol tellement j’étais anormalement heureux mais peu m’importait.

Je les ai vus dans un meilleur jour après qu’il se soit caché derrière les buissons du lycée. Je me suis dit qu’évidement, le cache-cache avec les surveillants avait été drôle. Mais, j’étais jeune et naïf et je sais maintenant ce qu’il s’y faisait.

Un jour je leur ai dit que je voulais essayer leurs cache-cache. Ils m’ont dit que ce n’était pas n’importe quel cache-cache, ils rigolaient en pensant que j’étais ironique. Ducoup je rigolait aussi.

C’est juste après le repas de midi que j’ai eu l’honneur d’être invité à jouer. Nous étions quatre, je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient : « Qui roule bamboule, qui fournit suit ». J’en ai donc déduit qu’il bamboulait une grande cigarette, il avait mis quelque chose dedans. Je me demandais pourquoi nous devions nous cacher pour fumer une cigarette.

David, m’a tendu ce bout de machin et j’ai tiré deux ou trois bouffé. J’ai bien évidement toussé. Mais je n’ai pas ressenti d’effet. De ce fait, j’étais extrêmement frustré !

Alors, je me suis encore caché derrière un buisson à une pause de midi. Je leurs avait dit, à l’avance, que le pétard ne m’avait rien fait. Ils n’entendaient pas grand-chose, mais pour cela, ils ont ouvert en grands leurs oreilles. Ils ont chargé le pétard d’herbe comme si c’était un cheval de trait. Et là, je peux vous dire qu’il m’a trainé le bestiau ! Et, il était fort car il nous trainait moi et David pour nous amener en cours. Notre imagination n’avait vraiment pas de limite. Notre immersion dans nos histoires non plus.

Ce jour-là nous attendions le professeur allongé par terre à rire à gorge ouverte.

C’était vraiment drôle. Tellement drôle que j’ai commencé à fumer chez moi. J’attendais toujours que mes parents rentrent dans leurs chambres pour sortir tout mon attirail. Tous les soirs pendant de nombreux mois, je roulais avec une volonté de fer, à déglutir d’impatience lorsque je chargeais l’herbe dans la feuille. La peur de me faire prendre m’excitait. La toux était LA stratégie afin de camoufler le bruit de la roulette du briquet. Je vous laisse imaginer lorsqu’il ne marchait presque plus. J’en attrapait parfois le hoquet !

C’est ainsi que je me retrouvais sur le petit bord de ma fenêtre de chambre à regarder, peu importe les conditions, le ciel. J’aimais me retrouver face à mes pensées. Je remarquais d’ailleurs qu’elle devenait de plus en plus gaie au fur et à mesure que le pétard se finissait. Quand je commençais à penser à des hippopotames sur les deux jambes arrière, entrain de danser la macarena sur la cucaracha, j’en déduisais que le joint était fini. Je ne me trompais que rarement.

Mais bon, la drogue eût fait son effet, je devais fumer de plus en plus afin de ressentir les effets jouissifs du début. Cela devenait de plus en plus frustrant !

Alors avec David nous avons commencer à fumer de plus en plus ! Pris dans l’euphorie du pétard, je me surprenais parfois à dire à mes amis les légumes : « Vous savez les gars, je ne vous considère pas comme de simples potes, vous êtes mes frères et je vous considèrerai comme tel pendant encore longtemps ! ». Ça sortait du cœur mais qu’est ce que c’était chiant ce discours ! Nan mais il faut se l’entendre, je n’avais aucun talent d’éloquence ! Pour moi c’était LE discours du siècle mais je comprends enfaite pourquoi il ne répondait jamais à ça, c’était nul !

Mais j’avais besoins de leur parler, de leurs montrer que je les aimais car j’avais peur de les perdre, j’avais peur de me retrouver sans amis fixe. Ce qui ne m’horrifiait rien que d’y penser.

Car je me sentais libre. Ducoup plus ces gens me manipulais afin que je fume avec eux, pour ne pas se sentir seul, plus je me renfermais ! Quel paradoxe ! 

J’étais devenu un sacré lascar ! En six mois, j’avais totalement changé de caractère, quand je vous dis que c’est allé très vite !

Auparavant, en classe, je n’interpellais pas le professeur, ça aurait été un très gros manque de respect ! Mais là, le respect, voilà un petit moment que je n’y pensais plus. Je ne respectais ni moi ni les autres. Et le pire c’est que je voulais que tout le monde me respecte ! J’aurais été le premier à me détester.

C’est dans cette ambiance que je coupais régulièrement la parole au professeur afin de balancer des conneries aussi grosses que la terre et aussi maigre en maturité qu’un enfant de 8 ans. J’étais content. Les gens de la classe m’écoutaient, ils rigolaient même à mes blagues ! Ils disaient que « J’étais un ouf ! ». Le professeur, lui, rigolait plus à la punition qu’il allait que faire subir dès que le troupeau aurait fini de rire.

Je me retrouvais régulièrement occupé le mercredi après-midi. Mais peut-importe, je me disais qu’un homme populaire se doit d’avoir un emploi du temps chargé ! Oui, le fait d’être écouter là où j’étais invisible il y a peu, m’étais monté à la tête !

Mes parents, eux ne voyait rien. Mon père était trop occupé dans son travail et ma mère dans ses pensées et problèmes d’alcool. Nous recevions les heures de colles par lettre postale. Alors je les détournais de leurs destinataires voulus, pour les brûler ou les jeter, toujours avec précaution, à la poubelle !

David était heureux lui aussi car il ne sentait plus seul à balancer des blagues dans tous les sens à toutes heures de cours. Il trouvait tout de même bizarre que je commence de plus en plus à lui ressembler. Je copiais ces tiques de langages, son style vestimentaire ou encore son regard, dans plus en plus fuyant. Mais ça ne changeait pas énormément de notre complicité.

Nous avions atteint un tel niveau de bêtises que les professeurs nous avaient fortement conseillé de redoubler. Nous nous sommes donc dis que nous allions redoubler ensemble. Personnellement, le redoublement n’avait aucune importante car j’étais avec mon pote. Mais les paroles restent, malheureusement des paroles, et j’en ai payé le prix fort. Bien plus précieux que de l’argent, j’en ai payé de mon temps, une année de plus dans le lycée.

Que s’est-il passé ? Eh bien c’est très simple ! Les épreuves du baccalauréat sont arrivées, comme j’avais un plan pour l’année prochaine je n’ai pas révisé. Quelles grossière erreur ! David et ses autres potes n’ont fait que cela pendant un mois. On ne se voyait plus, ils s’enfermaient chez eux pour réviser, ça me décourageait encore plus !

Sous pression de mes parents qui me comparaient une énième fois avec mon frère, je faisais semblant de travailler comme si je voulais redoubler.

Le jour des résultats, je n’ai pas été présent. Mais je savais que je ne l’avais pas d’office, et que David et ses potes l’avait eu, du moins je le sentais. Je fusse encore plus déçu lorsqu’il m’enfonçait en public afin de vanter ses mérites, encourager par les rires gras et sans âmes de ses amis. C’est à ce moment précis, que dans ma tête, se présentât le déclic. Je n’avais pas besoins de ces garçons.     

Combien de nuits n’ai-je pas dormi, pris de cours par la profonde déception que je ressentais à son égard. Le remord, le mépris et la colère se mélangeaient en moi afin de créer un cocktail de pensées loin d’être roses.

Et puis, cette marrée noir de sentiments plus polluants pour moi qu’un paquet de cigarettes par jour, vint me frapper en pleins visage.

Ils ne faisaient plus partie de ma vie. Je n’étais plus dépendant d’eux et de l’herbe. Je vais repartir de zéro en évitant de faire les mêmes erreurs. Ces paroles me sont venus lorsque j’étais au plus profonds des abysses de mes malheurs.

Nous ne nous sommes jamais recroisés. Et après un long recul sur ces années devenues, maintenant des exemples. Je finis par dire que je le considère toujours comme un frère. Ce garçon, malgré tous les malheurs qu’il m’a apportés me montra sans le vouloir, un moi qui était simplement perdus dans l’adolescence la plus banale. Il m’a montré un chemin qu’il ne fallait pas prendre. C’est l’un des nombreux facteurs qui m’ont amené à devenir ce que je suis maintenant.

Et rien que pour cela je l’en remercie.

La légende raconte que c’est cela qu’a visualisé Thomas lors d’un rêve éveillé.

Merci d’avoir lu !

J’espère que vous avez pris du bon temps à lire cette nouvelle !

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Mathys Bernigaud
Mathys Publié le

Auteur débutant, je n'écris que depuis peu. J'ai, dans chacune, de mes histoire l'objectif de faire rêver mes lecteurs.

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